Depuis juillet 2025, la place des écrans dans l’accueil des tout-petits n’est plus seulement une question de bonnes pratiques. La Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant interdit désormais d’exposer un enfant de moins de trois ans à un smartphone, une tablette, un ordinateur ou une télévision dans les modes d’accueil concernés. Pour les crèches, assistants maternels et autres professionnels de la petite enfance, cette règle ne consiste pourtant pas simplement à retirer un écran d’une pièce. Elle oblige surtout à repenser ce qui occupe le regard, les mains et l’attention de l’enfant au fil de la journée.
Une interdiction qui concerne directement les pratiques d’accueil
Le changement est net : auparavant, la Charte indiquait qu’il n’était pas recommandé de laisser un enfant de moins de trois ans devant un écran. L’arrêté du 27 juin 2025 a remplacé cette formulation par une interdiction. La mesure s’inscrit dans la Charte nationale que les professionnels de l’accueil du jeune enfant doivent intégrer à leurs pratiques.
Dans la réalité, l’écran n’était pas forcément utilisé pour « occuper » un enfant pendant des heures. Il pouvait intervenir ponctuellement : montrer une vidéo, lancer une comptine sur un téléphone posé face au groupe, utiliser une tablette comme support d’activité ou laisser un téléviseur fonctionner en arrière-plan. La nouvelle règle conduit donc les équipes à regarder de près des usages parfois considérés comme anodins.
Elle ne signifie pas non plus que tout appareil numérique doit disparaître du lieu de travail. Un professionnel peut avoir besoin d’un ordinateur ou d’un téléphone pour communiquer, gérer des informations ou accomplir une tâche administrative. L’enjeu porte sur l’exposition de l’enfant à l’écran, pas sur l’existence de tout outil numérique dans l’environnement professionnel.
Remplacer un écran ne veut pas dire remplir chaque minute
Une erreur serait de penser qu’un environnement sans écran impose de proposer en permanence une activité dirigée. Chez le jeune enfant, l’alternative à la vidéo n’est pas nécessairement un atelier préparé par l’adulte.
Un panier d’objets à manipuler, quelques livres accessibles, des éléments à empiler, un espace où ramper ou marcher, une chanson chantée par l’adulte ou simplement un temps d’observation peuvent suffire. L’enfant a aussi besoin de moments où il explore de lui-même, répète un geste et choisit ce qui l’intéresse.
Le rôle du professionnel consiste alors moins à « divertir » qu’à préparer un environnement adapté. Cela demande de sélectionner des objets sûrs, d’observer les réactions, de laisser du temps à l’exploration et d’intervenir lorsque l’enfant cherche une interaction, rencontre une difficulté ou a besoin d’être rassuré.
Les routines quotidiennes redeviennent de vrais temps d’interaction
Les repas, le change, l’habillage ou les transitions entre deux espaces peuvent sembler moins spectaculaires qu’une activité d’éveil. Pourtant, ce sont des moments particulièrement riches lorsqu’un adulte est disponible pour l’enfant
Pendant un change, le professionnel peut nommer ce qu’il fait, attendre une réaction, commenter un mouvement ou laisser l’enfant participer. Au moment du repas, il peut mettre des mots sur les aliments, les sensations ou les demandes. Une transition peut être accompagnée d’une chanson, d’un rituel verbal ou d’un objet repère.
Le principe est simple : l’attention de l’enfant n’est plus captée par un contenu qui défile ; elle peut se porter sur une personne, un objet réel, un son, un mouvement ou une action qu’il réalise lui-même. Le professionnel devient alors un médiateur de l’environnement plutôt qu’un diffuseur de contenus.
Un espace sans écran se pense aussi dans son aménagement
La règle pose également une question très concrète : que voit l’enfant lorsqu’il entre dans la pièce ? Si les jeux sont enfermés dans des placards, les livres hors de portée et les espaces peu lisibles, retirer un écran ne crée pas automatiquement un environnement stimulant.
Les équipes peuvent donc travailler sur la disposition des ressources : livres accessibles, zones de motricité, jeux adaptés aux différents âges, espaces plus calmes, matériel simple permettant plusieurs usages. La rotation des objets peut renouveler l’intérêt sans multiplier les équipements.
Cette organisation demande aussi de tenir compte du groupe. Un enfant qui a besoin de mouvement, un autre qui cherche un moment calme et un troisième qui sollicite l’adulte n’ont pas nécessairement besoin de la même proposition au même moment. Une petite enfance « sans écran » repose donc beaucoup sur l’observation et l’ajustement.
La compétence professionnelle se joue dans les choix du quotidien
Savoir quoi proposer, à quel moment, dans quel environnement et avec quel niveau d’intervention ne relève pas seulement de l’intuition. Les métiers de la petite enfance mobilisent des connaissances sur le développement de l’enfant, la sécurité, l’éveil, la communication et l’organisation des espaces. C’est notamment ce que permet d’aborder le CAP Accompagnant éducatif petite enfance. Pour celles et ceux qui souhaitent se former aux métiers de la petite enfance, Skill & You propose une préparation au CAP AEPE qui travaille ces différentes dimensions professionnelles.
L’interdiction des écrans met finalement en lumière une réalité plus large : dans l’accueil du jeune enfant, la qualité ne dépend pas de la quantité d’activités proposées. Elle tient aussi à la manière dont l’adulte observe, parle, aménage, attend et répond. Retirer l’écran est une règle claire ; construire à sa place un environnement riche en interactions est un travail beaucoup plus fin.












